30 ans

Par mercredi, mai 25, 2016 6 No tags Permalink 0

Café allongé, s’il vous plaît. La tasse brûlante, celle à moitié pleine, celle totalement vide. Ce petit goût amer dont je ne pourrais me passer.

30 ans.

Mariée, un enfant.

Joli résumé.

Cette vision de moi, celle que petite j’avais vaguement de l’âge adulte, elle s’est réalisée. Mais c’est moi qui n’avais pas réalisé de quoi elle s’accompagnerait. Je pensais que la maturité m’apporterait la confiance et la sûreté, je ne pensais pas qu’on pouvait cumuler trois dizaines, une alliance et un bébé et toujours se chercher.

30 ans.

Cette année où j’ai décidé d’être moi, de plaquer le monde de l’open space, cloisonné malgré l’absence de murs. Celle où je me suis rêvée accompagnatrice d’une génération d’enfants, à qui j’aimerais enseigner que l’avenir leur appartient. Et leur cacher le reste. Telle est la vie des hommes. Quelques joies, très vite effacées par d’inoubliables chagrins. Il n’est pas nécessaire de le dire aux enfants*.

Celle où entre les révisions, j’ai noirci des dizaines et des dizaines de pages. Je le sais aujourd’hui, ma vie aurait un peu moins de saveur si je ne pouvais pas écrire.

30 ans.

Orpheline de l’un de mes parents mais avec encore deux grands-parents. Ce chiffre de la trentaine ne représente plus grand chose pour moi, alors même que l’on peut mourir débordant de vie à 18 ans comme à 62 ans et ternir une belle vie bien remplie de 95 ans par la demande incessante et quotidienne à mourir. Que représente cet âge au regard du chemin de ma vie ? Je le saurais le jour où justement il n’y aura plus rien à savoir. Ca le rend presque friable, ce nombre tout rond. Il perd un peu de sa sonorité, comme s’il n’avait pas vraiment de sens en lui-même. Tant de gens atteignent des âges identiques avec des vies si différentes. Certains attendent qu’elle passe, d’autres l’attrappent à bras le corps, la provoquent ou la rendent plus jolie. Certains ont tout pour être heureux et ne le seront jamais. D’autres ont pioché les mauvaises cartes et savent leur donner un sens avec tant de grâce.

Je pourrais vous dire que les premières rides ne m’affectent pas, que la maternité a donné un sens à ma vie, que respirer l’iode de la mer me suffit. Que ces 30 ans sont ceux de la plénitude, de la sérénité, du retour à soi. Mais franchement, je ne sais pas. Ceux qui martèlent à quel point ils ont réussi, qu’ils sont tellement épanouis, essaient de convaincre leur spectateur le plus retors : eux-même. Et je crois que mon moi-même bat tous les records de méfiance.

Je sais juste que je suis toujours la même, cette fillette de 7 ans qui s’étais mise en colère car elle ne voulait pas devenir adulte un jour, celle de 10 ans qui cachait une lampe de poche sous les draps pour lire toute la nuit, la même que celle de l’été de mes 15 ans où j’ai compris que la vie était d’une violence inouïe, ou ce jour de l’année de mes 25 ans où j’ai découvert que je pouvais porter un être vivant. Je suis toujours moi. Je ne sais pas si on change vraiment, au fond. On se contente d’affronter ce qui nous arrive avec notre façon d’être. Je crois qu’on peut apprendre, mûrir, grandir, tirer de grandes leçons de l’expérience. Mais qu’il reste toujours ce petit quelque chose qui fait qu’une personne reste juste elle, unique, jusqu’au bout. Finalement c’est une forme de solitude qui conduit à éprouver la force de chacun. Quand je rends visite à ma grand-mère de 95 ans c’est presque palpable. Beaucoup de choses se passent et nous devons les affronter par nous-même, quels que soient les alliés du moment.

Alors aujourd’hui j’ai 30 ans, c’est un chiffre rond, un joli tournant. Un de ceux que nous avons créé pour décréter que les choses sérieuses commencent. Ou finissent, ça dépend du point de vue. J’ai des responsabilités. Des vraies, celles que la société se borne à m’envoyer alors même que je répète à qui veut l’entendre que je ne saurais jamais trier mes papiers ni déclarer mes impôts. Et puis les autres, celles que je me suis imposées, celles que l’on se donne dans sa manière de vivre car des êtres chers n’ont plus cette possibilité.

Alors il m’en faudra bien du talent. Pour être vieille, un jour, sans être adulte.*

* Marcel Pagnol – Le château de ma mère.

** Jacques Brel – La chanson des vieux amants.

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6 Comments
  • mademoiselle a
    mai 25, 2016

    Tres belle article. Tu decris tellement bien les choses.

    • My Chuchotis
      mai 27, 2016

      merci :-)

  • Estelle
    mai 25, 2016

    Comme je me retrouve dans ton texte et dans ton blog ! J’ai 30 ans, je suis professeur de français, j’adore écrire et je publie des textes que je mets en voix sur mon blog !! Et j’adore tes citations qui émaillent ta poésie personnelle, je sens que je vaisrevenir ici souvent !

    Estelle
    lalippequimurmure.fr

    • My Chuchotis
      mai 27, 2016

      merci, je vais aller découvrir le tiens 😉

  • elisa
    mai 25, 2016

    Très bel article…encore 2 ans pour être à la trentaine mais je pense que j’en serai toujours à me chercher :(

    • My Chuchotis
      mai 27, 2016

      Merci :-)

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