Deux jours après

Par lundi, septembre 7, 2015 5 No tags Permalink 0

Vendredi c’était la rentrée. Le grand jour.

Sauf que pour nous c’était deux jours après toute l’école.
(Oui ici c’est le Sud, ils sont très tranquilles sur les délais d’inscription…)

Donc après avoir tant attendu ce moment, on était un tantinet à cran. L’homme de la maison avait posé sa journée et moi j’avais l’impression de refaire ma première rentrée.

J’ai pu m’apercevoir que les sentiments qui sont totalement légitimes lorsqu’on les vit en groupe le sont beaucoup moins quand on est les seuls à les ressentir. On était là, tous les deux a lui tenir la main, émus et gauches… Mais juste deux jours après tous les autres parents. Donc les seuls à prendre mille photos de son cartable et de sa bobine ensommeillée, les seuls à errer dans les couloirs à la recherche d’une classe de petite section, en affichant un sourire inébranlable et une voix chevrotante : « tu vas voir l’école c’est suuuuuper, tu vas avoir pleiiiiin de copains », les seuls sans « boite à camembert avec des bisous de maman dedans ». Cachée derrière mes raybans, je faisais celle qui gère, celle qui n’a même pas l’oeil qui brille, qui n’a même pas vu que tous les enfants ont une blouse en tissu sauf le sien.

Lui nous tenait la main, un peu fébrile à la vue de tous ces cartables Minions et surtout petit comme on ne l’avait jamais vu. Un instant je me suis même demandée si la maîtresse n’allait pas nous demander de faire demi-tour, car l’école ce n’était pas pour les bébés. Mais non. Il est entré dans sa classe où tout le monde l’attendait et ça n’a étonné personne que ce tout petit bébé de seulement 1 mètre s’asseye à un bureau d’écolier.

Je suis restée à le regarder comme on admire un tableau : en silence et sans rien comprendre. Il était chez lui, ouvrait tous les bacs, voulait dessiner, s’asseoir partout, démonter une girafe en plastique et lire en même temps, tout en demandant dans un langage poli (c’est à moi ça!) à un futur copain (y’a de l’espoir) de lui prêter un jouet (en lui l’arrachant des mains).

La maîtresse a dit qu’on devait y aller, il paraît que si on reste ça les empêche de s’habituer à la classe sereinement. Mais on fait comment nous, pour s’habituer ?

C’était fou de se dire que ça y était, il y a 3 ans j’étais ronde comme la pleine lune, j’attendais impatiemment de serrer une minuscule personne dans mes bras et le jour était venu pour cette personne de vivre sa vie. Rien que ça.

On est reparti tout nus, après avoir verifié trois fois qu’on n’avait pas oublié de mettre le doudou dans son sac et qu’il y avait bien son nom sur sa pompote.

J’avais 3 heures d’une drôle de liberté devant moi. Tout ça.

Alors on est allés sur le Vieux Port et en touillant notre grand crème et notre petit café noir, on a envoyé des photos de son petit cartable de renard à toutes les personnes de notre répertoire.

Crédit photo : My Chuchotis

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5 Comments
  • mespetitso
    septembre 7, 2015

    Se sentir tout nu, c’est tellement ça… à chaque étape ils nous quittent un peu plus mais… pour mieux s’épanouir.

  • maman est occupée
    septembre 7, 2015

    Et une page se tourne…

  • Lorelei
    septembre 8, 2015

    j’ai la larme à l’oeil après avoir lu ton article, et pourtant je n’ai pas resenti ça pour la rentrée de ma fille, mais c’est tellement joliment dit 😉 bizzz

  • Miss MLL
    septembre 13, 2015

    Jolie écriture très poétique.
    On a l’impression de vous voir en vrai 🙂

    • My Chuchotis
      septembre 30, 2015

      🙂

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