Dis au revoir

Par mercredi, avril 15, 2015 2 No tags Permalink 0

aleida

Elle a pleuré un peu. Je suis restée sur le côté sans trop savoir quoi faire.

Il lui avait apporté une rose. C’était mon idée, la rose. Tout à coup je n’en étais plus trop sûre. Je ne sais pas si c’est ce qu’on offre quand on quitte quelqu’un.

J’avais demandé au fleuriste la signification des fleurs. Il m’avait listé la passion du rouge, la pureté du blanc et la tendresse du rose. J’avais opté pour la tendresse. C’est bien ça, la tendresse.

J’ai regardé autour de moi ce lieu familier dans lequel je ne reviendrai pas. Dans lequel il ne reviendrait pas. Il avait été bien ici. Bientôt il ne s’en souviendrait plus.

Elle lui a dit plusieurs fois qu’elle l’aimait. Je suis toujours surprise d’entendre ces mots en public. Ils me gênent profondément. Peut-être car moi je devrais les dire et que j’en suis incapable. Il a regardé ailleurs, sans répondre. Je me suis dit que je devrais le lui dire aussi, de temps en temps. Il faut dire ce qu’on pense, c’est important.

J’ai pensé à l’injustice de cette situation pour elle. Je le ressentais d’autant plus que j’en étais la fautive. J’avais beau me dire que c’était normal, que de toute façon ça aurait fini par arriver un jour, je ne pouvais pas m’empêcher de regarder mes pieds. Il finirait par l’oublier. L’oublier vraiment. Il ne se souviendrait pas de ses attentions, de son amour.

C’est étrange quand même, deux ans qui se terminent comme ça. Et pour elle, repartir de nouveau, accueillir à bras ouvert le prochain ou la prochaine. Avec son immense tendresse.

Je lui ai dit de dire au revoir. C’est ce qu’on fait dans ces cas-là. Moi j’ai dit on s’appelle, on s’envoie les photos et puis on se recroisera de toute façon, hein ? Elle m’a dit oui, bien sûr, avec les yeux brillants.

On est repartis lui et moi, main dans la main. Enfin, je ne l’avais que pour moi. De nouvelles aventures, une autre vie à deux, rattraper le temps perdu. Et pourtant j’avais une petite boule dans la gorge à sa place, lui qui ne comprenait rien. Car sa nounou allait me manquer aussi, à moi.

C’est un beau métier je me suis dit, comme si j’en cernais l’ampleur pour la première fois. On donne tout et on ne peut rien attendre de plus, à un âge où les enfants ne se souviendront de rien. Bien sûr que tous ces gestes ont un sens, forgent, accompagnent, guident. Mais ils n’ont d’écho qu’un temps. Jusqu’à la séparation inévitable.

On a fait un petit signe de la main comme tous les soirs et on a pris l’ascenseur pour la dernière fois.

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2 Comments
  • Lexie
    avril 15, 2015

    On est triste pour eux, ça c’est vrai… Elle est retournée voir sa première nounou il y a peu, elle a mis du temps à s’approcher. Quelques mois avant, une autre nounou (elles étaient deux à s’occuper de cette garderie familiale et l’une d’elle a été remplacée à un moment) était revenue un apres midi pour dire bonjour, et alors que Billie y était très attachée, elle n’a jamais voulu s’en approcher, pleurant quand ladite nounou venait vers elle. Je ne sais pas de quoi ils se souviennent, mais je sais que nous avons fait le choix de garder des photos pour qu’elle se rappelle. Je me dis qu’ils se souviennent peut-être des sensations et de la tendresse à défaut des noms et des visages.

    Je ne savais pas que tu avais du mal à exprimer tes sentiments 🙂 Moi je suis l’extrême inverse, je le dis 15 fois par jour et sur tous les tons lol.

  • Sheily
    avril 15, 2015

    La séparation est prévue pour la fin juillet et j’appréhende déjà ce moment… J’ai confié à cette femme la personne la plus précieuses à mes yeux pendant deux ans. Elle l’a aimé. Elle en a pris soin. Lui ne comprendra pas tout, mais je sais déjà que je verserai une larme…

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