Et enfin tu es là

Par vendredi, octobre 11, 2013 15 No tags Permalink 0

247757_10151247776729379_2102250950_nOn s’est rendus à la maternité, comme d’habitude tous les deux.

Histoire de voir si tout allait bien pour toi. On a regardé d’un œil lointain cette ultime écho. Ce n’était plus à travers un écran qu’on avait envie de te voir. On était le jour du terme. Ce jour J encadré, coché, rayé. Prononcé fièrement depuis des mois. Attendu. Le genre de date où quand tu prends un yaourt dans le frigo tu te dis : « quand ce yaourt sera périmé le bébé sera là. »

La sage-femme m’a sortie de mes pensées pour me dire que t’étais bien enraciné dans mon bidon, que t’avais de l’eau pour continuer à faire de jolis plongeons encore un bout de temps. Qu’on se reverrait la semaine prochaine, pour te provoquer. Je l’imaginais avec une petite épée en train de me piquer le bidon, pour te provoquer en duel et te faire sortir. Non, je ne voulais pas. Je voulais une surprise, des contractions, un réveil en pleine nuit et de l’eau sur les pieds.

On est rentrés en bus. J’ai roulé mon bidon, le cœur dans les talons. On s’est assis tous les deux dans un petit bar de notre quartier. Mon ventre n’avait jamais pris autant de place. On venait là pour la première fois. J’ai noyé mon chagrin dans un grand café crème et je suis rentrée. Ton futur père est reparti vers son boulot. Sans imaginer qu’aujourd’hui même tout allait s’emballer et que dans quelques heures tu serais dans nos bras.

Un aller-retour en bus à l’hôpital pour une anomalie de dossier, un grand ménage dans l’appartement et je me suis posée pour une sieste. Il est 17h. Je suis fatiguée. Aïe j’ai une vague dans le ventre. Ce n’est rien. Et là je me redresse. « Non mais t’es bête ou quoi ? Faut te faire un dessin ? Ca fait juste 9 mois qu’on t’en parle ! ».

Je note les contractions sur mon Iphone. Je laisse passer les vagues, sereine et impatiente à la fois. Voilà c’est maintenant. Je veux prendre du temps pour moi, être sûre pour ne pas être déçue. Je me fais couler un bain, je me lave les cheveux. J’attends. Et j’appelle ton père. En pleine réunion méga-importante. Juste « faut que tu rentres ». Je l’imagine revenir dans la salle tout tremblant, baragouiner en anglais que « I’m gonna be a father today, bybye! » et courir vers le métro. Je souris.

Il arrive tout heureux. Moi je fais coucou, coucou c’est moi la baleine au fond de la baignoire. Dernière fois que j’aurais du mal à en sortir. Dernière fois que je caresserais mon gros ventre telle une île dans l’eau chaude. Que je le regarderais avec étonnement, ce gros ventre immergé aussi gros qu’un iceberg. On prépare mes affaires, j’essaie de manger. Mais rien ne passe, j’ai un raz de marée dans le ventre, un raz de marée dans le cœur. On se regarde, on rigole. C’est parti.

Dans la voiture j’ai trop mal. La rigolade des 2 dernières heures, c’est fini. Tout s’accélère. Aux feux rouges je regarde les gens. J’ai une tête de folle. Eux sont normaux, presque trop. Leur destination semble bien fade à côté de la mienne.

On arrive essoufflés à la maternité, alors qu’on habite tout à côté. Je suis là à 100%, c’est notre moment. Celui que je répète mentalement depuis un petit bout de temps. Je le vis pleinement.

Tout s’enchaîne, un petit essaim d’abeilles travailleuses nous veillent comme des enfants, nous dit que tout va bien, que mes contractions sont fortes, que je suis courageuse. Je m’enveloppe dans tous ces mots, ces paroles rassurantes. Enfin soulagée par des anesthésiants, ton futur père à mes côtés, on parle, on se repose, on écoute de la musique. Je flippe et il me rassure. On attend.

On est déjà le lendemain. On me propose de te faire sortir maintenant. Il est 4 heures passées. Je dis non. Encore 30 minutes. Je veux te faire sortir quand j’aurais la force de t’accueillir. Les sages femmes respectent cette demande inédite, elles disent « pas  de problème puisque le bébé va bien ». Elles repartent. On te choisit ton prénom. On hésitait. Pour revenir à celui qu’on a trouvé depuis le début.

Et puis elles reviennent. Je suis prête.

« A la prochaine il sera là ».  Et enfin tu es là.

Je tends les bras. Tu plonges dans les miens. J’entends ton cri qui ne s’arrête pas. Qui me dit que oui tu es là. Que tout va bien. A jamais gravé dans ma mémoire.

On essaie de te regarder, on essaie de te parler. On est complètement sonnés. On est heureux. On est bizarres. Y’a de la drogue dans la perf ?

Ce petit visage inconnu. On essaie de se l’approprier. Mais on se heurte à cette nouveauté. C’est notre bébé ? Mais c’est fou. C’est magique ! Pourquoi personne n’en parle de ce truc-là ? Qu’un jour on peut faire quelque chose de complètement dingue et fabriquer une petite personne.

Ca fait un an aujourd’hui. Tu souffleras ta première bougie demain.

Cette petite personne m’étonne toujours autant. Je te regarde encore et il n’y a pas de mots pour expliquer la force de ce que je ressens.

Crédit photo Mam’aParis – tous droits réservés

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15 Comments
  • Bertille
    octobre 11, 2013

    Très joli récit !
    Et surtout, un joyeux anniversaire à ton bébé 🙂

  • Céline
    octobre 11, 2013

    Super touchant ma So ! Et moi ça me fait revenir 1 an en arrière, ces moments où je trépignais derrière mon bureau tout comme les filles en n’osant plus t’envoyer de texto l’air de rien « ça va ? Quoi de neuf? » et en analyser toute attente de réponse supérieure à 2h ! Finalement il a fallu attendre le lendemain matin et la phrase de « l’homme » : tu as vu tes textos ? Et ce moment…

    • Mam'aParis
      octobre 14, 2013

      Et oui quelle attente pour tout le monde! Je me rappelle de l’impatience de tout le monde ça fait vraiment chaud au coeur!! 🙂

  • Sheily
    octobre 11, 2013

    Bel anniversaire à ton bébé (qui a 4 jours de moins que mon fils).

    • Mam'aParis
      octobre 14, 2013

      Merci! Bientôt le tour de ton bébé alors 🙂 bon anniversaire en avance!

  • Mademoiselle K
    octobre 11, 2013

    Un recit tres touchant. Le mien aussi est arrive apres terme et j’avais vraiment peur qu’ils soient oblige de declencher l’accouchement. Mais tout s’est passe naturellement.
    Notre corps est notre meilleur allie. Belle journee a tous!

    • Mam'aParis
      octobre 14, 2013

      C’est vrai que dès qu’on arrive le jour du terme on n’imagine pas qu’il ne veuille pas pointer le bout de son nez! C’est frustrant! Mais comme tu dis c’est notre corps qui gère et il fait ce qu’il doit faire!

  • Marion
    octobre 11, 2013

    Très joli, ça m’en a mouillé les yeux 😉 Ça passe si vite, joyeux anniversaire et bon gâteau à vous 3 !

    • Mam'aParis
      octobre 14, 2013

      Merci! Un gâteau qui a été un peu massacré par bébé mais bien apprécié! 😉

  • Veronique - Poupette World
    octobre 11, 2013

    Quel beau récit, quelle belle histoire, j’en ai les larmes qui me montent aux yeux. Bon anniversaire à ton bébé.
    Et merci de partager avec nous de si beaux moments.

  • Laetitia
    octobre 13, 2013

    Bon anniversaire à vous 3 !
    Bébé bien sûr, mais aussi Maman et Papa…

    Un très beau récit qui me replonge dans mes souvenirs et qui fait monter les larmes.
    Alors « Merci » tout simplement… 😉

    • Mam'aParis
      octobre 14, 2013

      Merci! Et oui c’est aussi l’anniversaire des parents! Un an que nous avons ce rôle! 😉

  • Hachi
    octobre 19, 2013

    Larmes aux yeux ici aussi. Je me répète la même chose quand je vois son visage, chaque fois : « Mais c’est fou qu’on puisse faire ça… »

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