Et puis oublier tout

Par lundi, juin 26, 2017 4 No tags Permalink 1

Les miens.

C’est comme ça que je les ai appelés toute l’année.

Mes enfants, parfois.

Et la plupart du temps : mes élèves.

Je me suis attachée à chacun d’eux comme à chaque personne intéressante que je rencontre, car je ne sais pas faire autrement.

Et j’ai découvert que chacun d’entre eux avait, à un moment ou un autre, quelque chose d’intéressant.

Je ne sais pas ce que je vais faire de toute cette place qui va se libérer dans ma tête. Car il va y avoir un grand vide à faire, à la fin de l’année.

Je connais la composition de leurs familles, le nombre de leurs frères et soeurs, leurs âges, s’ils ont le même papa et la même maman. Je sais le jour exact où le petit dernier a fait du quatre pattes. Je connais les métiers de leurs parents, s’ils sont encore ensemble, s’ils s’entendent bien, se parlent de loin devant l’école ou viennent main dans la main. Je sais s’ils les emmènent à la plage, au cinéma, faire du golf, du patinage, de l’accordéon, de la danse, du théâtre, du rugby ou s’ils ne font rien ensemble et jouent seuls à la console. Je sais quels sont leurs meilleurs amis, ceux avec lesquels ils se sont chamaillés toute l’année, ceux qui déménagent en leur déchirant le coeur, le prénom de leurs premiers amours, j’ai même eu l’opportunité de lire leurs premières lettres avant même l’heureux(se) élu(e). Je sais ceux qui s’inventent des vacances de rêves, des mercredis après-midi parfaits avec des parents qu’ils n’ont pourtant pas vus depuis des mois. Je connais leurs vêtements, ceux qui ont des dizaines de tenues et ceux qui portent le même tee-shirt tous les jours. Je sais d’où ils viennent, de quel pays, de quelles origines, s’ils sont nés ici, s’il leur manque quelqu’un de cher resté ailleurs ou dont ils ignorent l’existence. Je sais que certains en 8 ans de vie ont vécu plus de drames que la plupart des adultes. Celui qui va faire le dur dans la cour de récré et qui à la piscine s’est agrippé à moi comme un petit enfant terrifié. Je sais ce que chacun mange au goûter, ce qu’ils vont détester à la cantine et leur plat préféré. Je sais qui va pousser la porte avec 10 minutes de retard, celui que les parents ne réveilleront pas ou oublieront au portail, et ceux dont les parents feront les cent pas devant l’école bien avant que la cloche ne sonne. Je sais si certains de leurs proches sont malades, si quelque chose les inquiète ou si les fins de mois sont difficiles. Je reconnais sans lever la tête, leur voix, leur rire ou même leur bruit à leur façon de se déplacer. Je sais ceux qui vont lever le doigt le plus haut possible en premier et ceux qu’il faudra un peu aller chercher. Je peux anticiper ceux qui vont me poser des questions alors même que je viens de donner la réponse, ceux qui vont faire tout seul et ceux qui vont préférer demander à leur voisin. Je connais leurs habitudes, leurs goûts, leurs caractères. Ce qui les rend tristes, ce qui les rend heureux et ce qui leur donne envie de taper.

J’aime leur dire que je les connais par coeur. Parfois ça les fait rire. Ils n’imaginent pas à quel point c’est vrai.

Je ne leur ai jamais rien demandé, jamais posé trop de questions. Il m’a suffit de les observer, de les écouter et de vivre pleinement avec eux. Pas étonnant que cette année je me sois sentie un peu plus vivante, un peu plus légère à nouveau.

Si j’avais été à temps plein dans cette classe, j’aurais passé avec eux plus de leur temps éveillé que leurs parents. J’aurais passé avec eux plus de mon temps éveillé qu’avec mon fils.

Je vais devoir effacer tout ce que je sais d’eux. Puisque dans quelques jours, je m’apprête à ne plus jamais les revoir. Je vais changer de quartier et d’école.

Je ne sais pas comment on fait pour oublier les secrets et les vies des enfants.

Mais j’imagine que les 30 prochains vont m’apprendre à faire un peu de place. Pour laisser entrer les leurs.

 

Musique : Apocalypse
Crédit photo My Chuchotis

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4 Comments
  • Claire
    juin 26, 2017

    Tres joli billet. Tres émouvant. Merci de m’avoir donné l’opportunité d’entrer dans ta tete et ton coeur d’institutrice. Moi-meme, en tant que maman, certaines années, j’ai du mal à dire au-revoir à certaines maitresses d’ecole de mes enfants, celles qui ont démontré un dévouement, un enthousiasme et une tendresse particuliere, au delà de leur profil de poste. Je suis reconnaissante a chaque instituteur d’avoir aidé mes enfants à apprendre, à grandir, à s’epanouir. Encore plus à celles (ils n’ont eu que des institutrices) qui ont compris qu’elles et moi formions une équipe à notre facon.
    C’est un métier magnifique qui mérite d’etre fait avec coeur. Tu n’en manques pas.
    Bonne continuation ! Et bonnes vacances !

  • Lexie
    juin 27, 2017

    Merci pour cette lucarne …c’était superbe. Où pars tu l’an prochain ?

  • Lolli
    juin 28, 2017

    Je suis assistante d’éducation dans un collège et crois moi tu ne les oublieras pas complètement, les enfants nous rendent vivants, ils nous changent un peu et nous touchent. :)

  • Stephenurine
    juillet 15, 2017

    Ihr Sexualleben wird nicht die gleiche sein – eine gro?e Auswahl an Frauen, Manner und Paare fallt, zwingt denken uber bisher unbekannte Aspekte des Geschlechts. «Banana.ua» entfallt die komplexe und Verlegenheit, so dass jederzeit ein Online-Formular zur Ausgabe, mit einem Hauch von Feuer und wurzigen Geschmack auf die enge Beziehung von jedem Paar hinzuzufugen. Hier wissen, wie selbst die anspruchsvollsten Geschmacker uberraschen !

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