Fin de période

Par vendredi, décembre 21, 2018 0 No tags Permalink 0

Je ne sais pas ce que perçoivent les parents de nos journées avec leurs enfants. Ce monde qui derrière ces murs ne leur appartient plus. Pendant 8 heures ces enfants sont sous notre responsabilité. Mais il ne s’agit pas que de cela.

Ces enfants, on apprend à les connaître. On jongle entre les moments d’autorité et ceux où l’on baisse la garde pour sourire avec eux, pour rire.

Ils sont parfois durs nos rapports. Pour certains, l’école se vit dans la douleur, et ils sabotent toutes leurs chances. Il faut alors les protéger d’eux-mêmes. Penser à leur avenir, les imaginer adultes. Ne pas accepter ces petits renoncements d’aujourd’hui qui un jour creuseront les fossés de demain, toujours plus grands.

Ne jamais lâcher. Cette phrase que l’on se répète plusieurs fois par jour à soi-même mais aussi tout fort. Combien de fois ai-je dit à certains « je ne te lâcherai pas. »

J’aime ces moments où l’on se comprend. Où l’on perçoit ce qui les anime vraiment. Ceux qui pensent que travailler avec des enfants n’engage pas de conversations épanouissantes, ne connaissent pas la finesse de leur répartie, de leur regard sur le monde.

Bien souvent, ils ont tout compris. Ils ont compris les peurs de leurs parents, leurs absences, leurs manquements, ils savent que nous, les adultes, nous sommes faillibles. Leur naiveté n’est qu’un incroyable optimisme sur la vie, sur l’avenir. Leur naïveté n’est qu’une façade qui tient la maison pour l’empêcher de s’écrouler. Et si on disait que… pour y croire juste un peu.

Aujourd’hui c’était le dernier jour avant les vacances de Noël, ce moment où l’on partage tous ensemble un goûter après une énième chorale de l’école. L’année se termine sur des moments partagés, et si pour la majorité d’entre eux, les moments à venir en famille font déjà briller les yeux, on a également vu des yeux briller pour des moments qui n’auront pas lieu, pour des rendez-vous ratés pour la énième fois.

Difficile de ne pas se sentir en colère contre les adultes dans ces moments-là. Difficile de rester un simple enseignant, impuissant, tant on a envie d’ouvrir les bras, de prendre la peine avec nous et de leur dire que tout ira bien. Difficile d’accepter qu’à 8 ans un enfant se prend de plein fouet la médiocrité des adultes.

Alors je l’accepte. Mes limites. Le fait que de toute façon, il m’est impossible de ne pas me sentir impliquée. Qu’il y a des choses que je ne comprendrai jamais. Qu’il y a des adultes contre lesquels je serai toujours en colère. Que je me sentirai toujours responsable de ne pas pouvoir faire mieux, de ne pas pouvoir faire plus.

C’est la fin de période, j’ai rangé les cahiers, rendu les livrets et j’ai refermé la porte de l’école.

Mais j’emporte avec moi des petits yeux qui brillent.

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