J’ai trop peur

DSC_0517 copieHier soir, une ombre s’est levée en pleine nuit, j’ai entendu le bruit des pieds moites sur le carrelage puis une petite voix : « j’ai trop peur ». C’est toujours surprenant de le voir exprimer ses émotions et déambuler comme si c’était normal de ne plus être un bébé.

Il était là, devant moi, attendant que je trouve une solution à son problème. Je suis assez envieuse de cette capacité à se remettre entièrement dans les mains d’un autre, de l’adulte. J’ai la sensation d’être encore la petite fille qui allait toquer à la porte de ses parents en pleine nuit, du coup je suis assez étonnée de voir quelqu’un venir toquer à la mienne. C’est donc moi celle qui rassure aujourd’hui. Constat un peu étrange, sans être désagréable.

J’avais envie de lui dire mais moi aussi j’ai trop peur, tu crois quoi? Que tu peux venir dans le salon et me balancer ta frousse au visage? Y’a qu’a voir la tête de ton père quand je lui renvoie la mienne pour comprendre que ça ne se fait pas. On a les chocottes, c’est comme ça, ça veut juste dire que tu es vivant. C’est physique, ça ne se contrôle pas, c’est l’instinct animal, une peur qui te permet de fuir en cas de danger. Sauf qu’on est des humains et qu’on a tendance à l’anticiper cette peur, à la disséquer, la mouliner dans notre cerveau pour la presser en jus… c’est pas agréable mais on vit tous avec.

Mais je n’ai rien dit de tout ça.

Je n’avais pas vraiment de solution à sa peur. Une heure avant il avait vu le début d’un Disney qui l’avait fait sursauter. Alors que dire de plus? J’ai tenté un c’est fini, c’est passé, c’était juste un dessin animé.

Mais le 2 ans et demi n’avait pas l’air convaincu. Il a senti l’arnaque, la phrase toute faite qui pue l’embrouille pour le renvoyer au lit où des monstres déguisés en Reine des Neiges l’attendaient de pied ferme sous le matelas. Il est donc revenu une deuxième fois à la charge « j’ai trop peur ». Son manque de vocabulaire l’empêchant d’étayer son propos et moi d’argumenter pour rassurer. Un câlin, un « on est là, il ne peut rien t’arriver, fais dodo, on est juste à côté et puis il y a ton copain le chien Scoot, il dort avec toi, ouaf ouaf, voilà tout va bien. »

Il a semblé approuver. Le coup du chien vert qui parle, sûrement.

Ouf.

C’est la crainte de beaucoup de parents, de devoir rassurer, répondre aux questions qui font peur, à un fait d’actualité alors même qu’on ne se sent soi-même pas super sereins. Ce soir c’était une petite répétition, un avant goût, un petit examen blanc pour tester le niveau. Mais c’est bien, grâce à ça j’ai compris. Pas besoin de l’être vraiment. Je veux dire être une adulte à qui rien ne fait peur et qui a une solution rassurante aux angoisses, quoi qu’il se passe.

Non, l’essentiel c’est juste que lui y croit. Pour nous deux.

Credit photo : My Chuchotis – Plage du Prado – Marseille

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13 Comments
  • Aloès
    juin 11, 2015

    La peur, ce truc incontrôlable contre lequel toutes les explications logiques du monde ne peuvent rien… Je l’ai vécu encore hier avec mon 6 ans qui devait faire un test aquatique et sauter en arrière. Il avait peur, et envie aussi. On a parlé de cette peur, de ce qui pourrait l’aider à la dépasser. On est resté près d’une heure avant qu’il arrive finalement à se lancer, et avec quelle fierté ! Je crois que la peur a simplement besoin d’être reconnue et acceptée par les parents pour mettre l’enfant suffisamment en confiance pour arriver à la surmonter. Un gros câlin suffit souvent dans le cas de la peur du soir 😉

    • My Chuchotis
      juin 21, 2015

      Quelle patience, il a dû être très fier et toi aussi ! 🙂

  • Milkshake Family
    juin 11, 2015

    Je me souviens encore de ces nuits où je me réveillait en sursaut, en sueurs à cause d’un vilain cauchemar et quand c’était trop j’allais à petits pas dans la chambre de mes parents et je me rappelle encore la chaleur des bras de maman qui m’enlaçait pour me rassurer <3

    • My Chuchotis
      juin 21, 2015

      Ce sont de douces sensations 🙂

  • Lucky Sophie
    juin 11, 2015

    J’aime ton article ! Surtout le passage où « mais il n’y a pas longtemps c’était moi la petite fille qui toquait à la porte des parents… » <3

    • My Chuchotis
      juin 21, 2015

      Merci ! <3

  • Le Quotidien d'une Maman
    juin 11, 2015

    Comme je me reconnais dans ton billet.
    Mon fils de deux ans et demi ne se lève pas mais hurle parfois la nuit et met 10 à 15 minutes pour se calmer. Il n’est pas facile dans ces cas là de savoir ce qu’il a donc je lui demande s’il a peur et une voix tremblante et sanglotante me répond « ouiiii »… ok mais je ne sais jamais pourquoi il a peur, de quoi il a peur. Je lui parle tout bas, le caresse le rassure du mieux que je peux et lui dit que nous sommes là et que rien ne lui arrivera et là il se calme, prend et doudou et tétine et retourne aux pays des songes, bien plus calmes par la suite.

    • My Chuchotis
      juin 21, 2015

      Oui parfois simplement entendre une voix apaisante et notre présence leur fait du bien !

  • madamezazaofmars
    juin 11, 2015

    Un tres tres bel article.
    Je pense que mon 8 ans va faire ça cette nuit parce que l’orage commence a gronder dehors

    • My Chuchotis
      juin 21, 2015

      Aïe l’orage c’est une peur bien connue !

  • Hélisma
    juin 14, 2015

    Ton article est plein de tendresse et d’amour. On peut ressentir tes émotions à travers tes mots, une qualité que j’aimerais avoir =). J’aime beaucoup ta façon d’écrire et j’ai hâte de lire le reste de tes articles.

    A bientôt ♥

    • My Chuchotis
      juin 21, 2015

      Merci c’est adorable ♥ j’espère que les autres articles te plairont

  • Le Rire des Anges
    juin 23, 2015

    C’est un très beau texte empreint d’une réalité qu’il est bon d’entendre… Nous, les parents, avons peur aussi!
    Merci!

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