Je me souviens

Par mercredi, octobre 23, 2013 0 No tags Permalink 0

J’ai lu le livre de David Foenkinos, le dernier : « les souvenirs ».

J’ai un sentiment mitigé : j’aime son style mais j’ai eu l’impression d’avoir été trompée sur la marchandise. Le résumé nous promet une histoire d’amour compliquée et douce comme La Delicatesse ou Nos Séparations que j’avais beaucoup aimés. Il s’agit en fait de souvenirs sur sa grand-mère, ses parents et surtout la vieillesse qui prend une part importante du livre. Et la mort aussi. Sujets qui m’ont fait sombrer dans mon pessimisme automnal. Oui nous ne sommes rien, oui un jour nous allons mourir et pire que tout : nous allons voir mourir notre entourage…très gai n’est-il pas ?

Je noircis un peu le tableau mais la fin m’a confirmée que j’avais bien fait de m’accrocher. Une jolie réflexion sur le couple, sur ce qu’il devient après la venue d’un enfant et comment parfois simplement, le désir et l’amour s’en vont tout doucement, sans prévenir. Un peu triste mais sûrement quelque chose de partagé par beaucoup de jeunes adultes d’aujourd’hui, le tout dans un style tendre et vrai qui met des mots avec justesse sur les sentiments. Un livre sur la globalité de la vie en fin de compte.

J’ai particulièrement aimé les petites notes en italique qui parsèment ce livre et le moment où l’auteur révèle la suite de souvenirs énoncés par Marcello Mastroianni dans un film sur sa vie : « Je me souviens de cette poêle en aluminium sans manche, ma mère y faisait des œufs. Je me souviens de la musique de Stardust ; c’était avant la guerre ; je dansais avec une fille qui portait une robe à fleurs. Je me souviens de la légèreté si élégante de Fred Astaire. Je me souviens de Paris quand ma fille Chiara est née. Je me souviens de Greta Garbo qui regarde mes chaussures et me dit : « Italian Shoes ? » […]Les souvenirs sont une espèce de point d’arrivée, et peut-être sont-ils aussi la seule chose qui nous appartient vraiment. » ». Le narrateur s’applique ensuite à faire de même pour ses propres souvenirs.

J’ai trouvé l’exercice touchant et j’ai décidé de le faire. Voici donc mes souvenirs.

Je me souviens de la première fois où j’ai su nager et de la fierté de mon père. Je me souviens du chemin de campagne qui mène au bois et du chien qui se jette sur moi et me fait tomber. Je me souviens des coques de marrons hérissées dans la cour de l’école primaire, je me souviens de la craie sur mes mains. Je me souviens de l’odeur d’une poupée qui aujourd’hui encore ne m’a pas quittée. Je me souviens du rouge à lèvre de ma grand-mère que j’essayais en cachette enfermée dans sa salle de bain. Je me souviens des pieds au bout du lit, trop petit pour deux enfants. Je me souviens des cigarettes fumées sur le toit la nuit et de nos fous-rires. Je me souviens de cette musique que j’ai écoutée des centaines de fois, des lattes du parquet qui craquaient sous mes pas de danse. Je me souviens de cette absence qui ne laissait plus de place à rien. Je me souviens de cette main sur mon épaule dans un petit jardin, des mots qui n’avaient pas besoin d’être dits. Je me souviens de l’odeur de l’herbe coupée et de ma fenêtre ouverte. Je me souviens de ma tante m’expliquant comment mettre mon blush de l’intérieur vers l’extérieur. Je me souviens de la première fois où j’ai conduit. Je me souviens de ce jour où j’ai passivement écouté une personne m’écraser de sa réussite et où je suis allée me regarder dans le miroir des toilettes pour me dire que ma vie ne serait jamais pire, que tout n’irait que mieux. Je me souviens de cette première fois où avec la légèreté de l’inconnu j’ai plaisanté avec toi. Je me souviens de Paris la nuit pour notre premier rendez-vous. Je me souviens de la douleur, du temps qui ne passe pas et des contractions qui arrivent comme des vagues. Je me souviens du visage de mon fils endormi pour la première fois sur moi et de ce poids léger se laissant complètement aller. Je me souviens de son odeur. Je me souviens de la douceur d’une petite couverture et de l’irrégularité de ces mailles que j’avais tricotées. Je me souviens de ta main dans la mienne, de la sensation du tissu sur ma peau et du tulle lourd de ma robe. Je me souviens de mes pas qui courent dans les escaliers, du métro qui arrive. Je me souviens…

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