Je ne vous entends pas

Par vendredi, janvier 12, 2018 4 No tags Permalink 0

Je ne veux pas de votre vision du féminisme.

Je ne veux pas de votre avis sur ce que doit ressentir une femme. Je ne veux pas que vous me disiez que je peux répondre la tête haute à un homme qui m’insulte dans le métro. Que je peux jouir lors d’un viol. Que je peux compatir suffisamment de la misère sexuelle d’un homme pour ne pas trouver grave qu’il frotte son sexe contre moi sans mon autorisation.

Ce n’est pas parce que vous êtes une femme que vous avez le droit de me dire ce que je peux ressentir, accepter, vouloir ou désirer en tant que femme.

Je ne vous écoute pas.

Je n’entends pas vos injonctions à être ce que je ne suis pas.

Je n’entends pas la facilité avec laquelle vous acceptez ce qui ne devrait pas l’être.

Je veux dire non, être faible, être forte, je veux dire oui. Je veux changer d’avis, je veux séduire, je veux être séduite. Je ne veux pas être forcée, insultée, importunée. Je ne veux pas accepter quelque chose qui me dérange pour avoir l’air forte.

Si les femmes ne sont pas de petits êtres fragiles, leurs agresseurs et leurs emmerdeurs le sont, alors, encore moins. Ils n’ont pas besoin de vous pour se défendre.

On ne peut pas accepter quelque chose sous prétexte que l’on peut y résister. Sous prétexte que l’on peut y survivre. C’est une intériorisation de la violence.

Sinon, dans ce cas, rien n’est grave, à part la mort.

Ce n’est pas ma conception d’une vie douce où chacun se respecterait.

Je passe mes journées à expliquer à des petits garçons et des petites filles que leurs insultes et leurs coups sont graves. Que lorsqu’on leur fait mal, au cœur ou au corps ils doivent m’en parler. Que l’on n’accepte pas la violence physique ou verbale des autres. Qu’ils doivent pouvoir se déplacer et évoluer dans un endroit protégé où ils sont en sécurité. Ils connaissent les règles, elles leurs semblent justes. Aucun d’entre eux ne vient remettre en question cela, sous prétexte que le coup ne ferait pas mal, qu’il résisterait bien à la moquerie ou n’aurait pas de peine face à l’insulte. Je ne leur dis jamais qu’ils sont forts et que ce n’est pas grave.

Alors je ne vous entends pas.

Il y a trop de bruit dans la cour de l’école, trop de cris d’enfants sans doute. Ils couvrent vos voix, qui, quels que soient vos âges, me paraissent d’un autre temps.

Crédit photo : my chuchotis

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4 Comments
  • Lexie
    janvier 12, 2018

    Je suis tellement en colère contre ces propos, contre cette tribune. La liberté de penser ce que l’on veut, je la respecte, mais saisir une tribune pour partager ce type de propos. Mais de quoi a-t-on peur ainsi et que défend-on? Comment ont-elles pu se permettre ça, ces mots là ?

    • My Chuchotis
      janvier 12, 2018

      Moi non plus, je ne comprends pas. Ca m’a mise en colère et puis je me suis dis, que ce n’est pas parce que certaines d’entre elles sont connues, ont accès aux médias et à une tribune, que j’étais supposée les entendre. Je refuse d’écouter ces voix-là, je refuse de croire que cet avis puisse être entendu. Leur liberté de penser et de parler, je la respecte aussi. Mais je garde ma liberté d’entendre 😉

  • Djahann
    janvier 12, 2018

    Très bel article. J’avoue être furieuse de ce que je lis et entend depuis quelques jours de la part de personnes qui sont sous les projecteurs. Mais je suis rassurée de voir que beaucoup (mais finalement pas assez) de blogueuses le sont autant que moi et n’acceptent pas.

    • My Chuchotis
      janvier 12, 2018

      Oui, exactement. On n’a pas à accepter ces propos. Elles ont une tribune, un espace médiatique, mais nous n’avons pas à les écouter.

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