La vie en veille passive

Par lundi, février 3, 2014 0 No tags Permalink 0

Quand j’étais lycéenne, je m’imaginais que les garçons lisaient dans mes pensées comme dans un livre ouvert. Je laissais de petites phrases en points de suspension, j’attendais qu’on devine mes envies…et j’étais systématiquement déçue.

Dans mon travail j’ai longtemps pensé que mes efforts n’étaient pas reconnus, que je pouvais faire mieux et j’en ai fait le reproche muet à ma hiérarchie. Je n’ai jamais tapé du point sur la table, pourtant c’était bien de la faute des autres et non la mienne.

Quand je me suis sentie parfois seule devant mes angoisses de grossesse ou de jeune mère, je me pensais incomprise, je me drapais dans mes certitudes, me disant que de toute façon personne ne pourrait m’aider. Je ne l’ai jamais demandé. J’ai parfois répondu non merci à ceux qui le proposaient.

Quand je me suis dit qu’il serait temps de chercher un nouvel appart, un nouveau boulot j’ai dit aux personnes de mon entourage : « il n’y a aucune offre d’emploi et le prix des loyers est trop élevé ». Et je n’ai rien fait de plus qu’une veille passive.

Quand mon fils s’est mis vers 14 mois à faire des caprices, à hurler, à se jeter au sol devant l’interdiction de monter sur le canapé ou de claquer une porte, je l’ai grondé. Je me suis sentie désemparée. Je me suis dit que tout était fichu et qu’il allait grandir dans la violence de mes cris.

Au détour d’une conversation, j’ai finalement demandé conseil. Une amie m’a simplement suggéré d’expliquer les choses à mon fils. Vous savez cette théorie classique de Dolto du il faut « parler aux bébés », tellement ancrée dans notre société que l’on a l’impression de l’appliquer. Alors qu’en fait on ne prend pas le temps de le faire.

Quand le bébé fâché a voulu à nouveau escalader le canapé et qu’il s’est roulé par terre de frustration devant le non, je l’ai pris dans les bras. Je lui ai montré le canapé. Je lui ai parlé fort en articulant bien, en lui expliquant pendant une bonne minute que la dernière fois il était tombé. Je lui ai montré son front où il y avait eu un gros bobo en forme d’œuf, que le canapé c’est rigolo mais que maintenant c’est interdit car il ne sait pas rester assis calmement. Que c’était pour lui que je disais ça, pour pas qu’il fasse bobo encore. Il a ouvert la bouche en forme de o. Il a regardé le canapé, mon doigt, il a écouté avec attention. Puis quand je l’ai posé au sol il est allé prendre un livre calmement.

Cette technique ne marche pas à tous les coups. Loin de là. Mais elle marche parfois.

Alors il ne tient parfois qu’à nous d’expliquer clairement nos envies, nos décisions, nos doutes. Arrêter de dire que c’est la faute des autres, que les hommes ne savent pas choisir les cadeaux, que les enfants sont difficiles, que le marché de l’emploi est saturé, que nos boss ne comprennent rien. On a le droit de le ressentir très fort de cette manière-là, mais il faut le dire. Car nos pensées ne sont pas transparentes.

Si l’on ne va pas vers les autres, ils ne viendront pas vers nous. C’est comme ça. Il y a peu de chance qu’on me propose un poste ou un superbe appartement sur un plateau d’argent. Qu’on me donne un conseil pour quelque chose que je n’ai pas demandé. Qu’on m’offre un cadeau que je n’ai jamais mentionné. Qu’on m’obéisse alors que je n’ai rien expliqué.

Dans ma vie de manière générale je m’exprime, je parle sans tabou. L’homme de la maison me fait des cadeaux réussis, je dis clairement à ma famille quand je ne suis pas d’accord et je me sens rarement embarquée dans une situation que je n’ai pas choisie.

Alors je crois qu’il ne tient qu’à moi d’appliquer simplement cette petite règle au reste de mon quotidien : pour avoir ce que je veux, il faut que j’en fasse la demande.

Parce que sinon je risque d’attendre longtemps, bien abritée sous mon parapluie, que la pluie cesse d’elle-même.

Crédit photo : Matthias Clamer

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