Les chaussettes dépareillées

Par samedi, avril 16, 2016 8 No tags Permalink 0

« Les matins se suivent et se ressemblent. Quand l’amour fait place au quotidien. (…) C’est drôle hier, on s’ennuyait et c’est à peine si on trouvait des mots pour se parler du mauvais temps »

J’ai effacé la photo de profil avec mon voile de mariée. J’ai rangé toutes les photos dans un petit dossier. Celles où nos sourires ont l’air parfaits.

Je ne fais plus partie de ceux qui pensent qu’un mariage se cultive dans le regard des autres.

J’ai signé pour la machine que je ne sais pas étendre, les discussions qui n’en finissent pas et les portes qui claquent. Tu as signé pour mes cheveux emmêlés, les centaines de cafés et la peine que tu ne pourras jamais consoler.

Les fous-rires, les mains dans la main, les débuts où l’on a dit oui à tout. Ce n’est pas de ça dont je veux parler. C’est tellement simple de s’aimer lors des soirées sur la plage, des premiers baisers sur la musique trop forte, de l’entrée à la mairie et des projets qui se font en un claquement de doigt. « Et si on faisait un bébé ? » c’est si joli. Et si on passait 6 heures aux urgences à lui tenir la tête pendant qu’il vomit ? Si on se réveillait la nuit pour le calmer ? Si on se demandait si on est fait pour ça ? Si je l’entendais me hurler que je ne suis plus sa maman ? Et puis s’apercevoir un jour qu’on l’aime encore plus fort. Si, c’est possible. Pas parce qu’il est mignon sur la photo ou qu’il dit bonjour à la dame. Juste parce que ce fichu temps qui passe soude les liens d’une façon tellement inexplicable. Avec bien plus de tendresse qu’une jolie photo de famille encadrée.

Accepter de ne rien savoir sur rien. Ni sur les couples, ni les parents qu’on devrait être. Se dire que c’est la merde, parfois. Regarder en bas, avec cette sensation de vertige, celle que l’on ne ressent que depuis un toit. Celle qui fout le frisson mais qui ressemble foutrement à la vie qui continue,  qui grouille de monde et de possibilités. Celle où les voyages ont l’air plus beaux, les nuits plus pleines, les sourires plus brillants, les respirations plus fortes.

Il n’y a rien à dire sur la routine puisqu’elle est sans cesse la même. Il n’y a rien à dire sur les chaussettes dépareillées. Et pourtant ces putains de chaussettes ne sont jamais les mêmes, il faudrait bien qu’on en parle, non ?

J’ai pensé à plein de choses depuis mon toit et l’avant-goût de tout ça ressemblait beaucoup trop à une méprise complète. Celle où vous avez presque failli me faire croire que tout ça était vrai. Que vos photos parfaites, vos enfants bien élevés, votre couple sans disputes existaient. Celle qui ressemble à la fin de mon conte de fée favori, regardé cent fois avec la même émotion. Petite, je n’avais juste jamais réalisé que Cendrillon s’arrête pile là où les choses sérieuses commencent.

J’ai effacé le contenu de mon Facebook le jour où une amie m’a dit que notre vie était parfaite sur les photos. Quel immense malentendu. Montrer quelque chose de soi finit par nous échapper et se transformer en mensonge. Si j’aime encore plus mon fils après lui avoir tenu une bassine pour vomir, j’aime encore plus mon couple après cette année qui a pourtant été parfois, à vomir. Celle qui m’a pris tant de choses – dont une qui s’appelait insouciance – et qui ne me rendra rien. Mais celle où vous me teniez la main. Et ça, c’était quand même bien.

Alors après tout, merci petite routine toute désuète. Tu es si imparfaite que tu ne mérites jamais d’être montrée. Tu n’en es que plus précieuse. Un peu magique aussi. Sûrement autant que ta capacité à faire disparaître les chaussettes.

Chanson : Joe Bel – Salut les amoureux (reprise)

Film actuellement en salle :  » Tout pour être heureux «  inutile de préciser que j’ai aimé le film et qu’il m’a inspiré cet article. Si vous aimez les jolies BO, raison de plus pour vous le conseiller.

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8 Comments
  • Crevette d'ODouce
    avril 16, 2016

    Tu fais vraiment partie des blogs que j’aime lire à « coup sûr ». La vie est loin d’être le reflet qu’on lui donne via des photos ou autre contenu partagé via les réseaux (par exemple) mais ce qui est plaisant aussi c’est de chercher à gratter ce vernis pour saisir ce qu’il peut se cacher derrière, une sensibilité…

    • My Chuchotis
      avril 26, 2016

      Merci <3 je suis contente de te voir souvent par ici et oui il faut aller sous la surface… tout ne se voit pas au premier coup d’oeil (ou premier clic) bises

  • florence monneron
    avril 16, 2016

    je vais encore me répéter mais tu écris vraiment merveilleusement bien.
    c’est un plaisir à chaque fois renouvelé de te lire.
    c’est doux, beau et sympathique…..
    joyeux samedi

    • My Chuchotis
      avril 26, 2016

      Merci :-) très belle semaine à toi

  • Malyslon
    avril 16, 2016

    Tout simplement magnifique ! Magnifique car cela dit notre réalité, celle que certains préfèrent ne pas montrer, à tort ou à raison, chacun y verra et fera ce qu’il veut. La magie des mots peut rendre le difficile beau, ne le sous-estimons pas. Merci ma belle <3

    • My Chuchotis
      avril 26, 2016

      Merci :-) tout à fait d’accord avec toi. Les mots peuvent rendre ce quotidien joli <3

  • Julie
    avril 16, 2016

    Merci pour cet article si réaliste, si proche de mon quotidien, je suis en plein dans cette année à vomir, au bord du départ, non pas parce qu’on ne s’aime plus mais parce que trop peu, trop peu de temps, de lui, de sommeil, et de routine finalement. .. une entreprise pour lui, un deuxième pour nous (moi?) , pas de boulot pour moi, 24h/24 entre le quotidien et la boutique, je me noie… mais j’ai signé pour tout ça alors je tiens, on essaye d’avancer, de trouver le truc qui va faire que ça va changer … alors Merci !

    • My Chuchotis
      avril 26, 2016

      J’espère que tu vas le trouver et vite et que cette sensation de noyade ne sera bientôt qu’un vilain souvenir. Je te conseille le film « tout pour être heureux » il permet de réfléchir et relativiser, ça fait du bien. Bises

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