Patience

Par samedi, février 11, 2017 1 No tags Permalink 0

Patience. On me prête souvent ce trait de caractère dont je manque pourtant. Je ne saurais dire pourquoi, sans doute le ton de ma voix que je force quand je ne maîtrise plus la situation. Une façon de prétendre que tout va aller tout doucement, alors qu’à l’intérieur c’est le tourbillon.

Patience. Ils grandiront, moi aussi. On me l’a dit. Quand enfin ils auront appris ce que tu souhaites leur enseigner, ils partiront. La classe, l’année suivante. Je le sais, mais quand même. Cette petite frustration de tout donner pour ne plus voir ce qu’ils deviendront.

J’y pense souvent en regardant mon fils, d’une façon bien différente, bien plus vertigineuse : un jour il partira. Un jour mon accompagnement prendra une forme de fin, puisqu’il vivra sa vie d’adulte. Et moi à nouveau la mienne, comme si je l’avais mise entre parenthèses pour la faire tourner autour de lui, pour ne m’intéresser qu’à son âge, année après année. Mais peut-être que certaines choses seront passées, certaines portes se seront refermées, je ne sais pas ce que me réservera la vie à cet âge-là. Alors parfois au milieu de toute cette abnégation, je réalise comme il est étrange de se passionner pour toutes ces étapes qui ne font que passer. Je ne suis pas la mère d’un nourrisson, ni d’un bébé, ni d’un petit enfant. Je suis la mère d’un petit être en devenir qui sera un jour un petit vieux. Et ça me donne le tournis. J’ai besoin de le réaliser pour mettre à distance cette terrible dépendance. C’est une forme de survie. Car il y aurait quelque chose de terriblement sacrificiel dans une vie qui ne tournerait qu’autour d’un enfant, d’une personne,  qui un jour grandira et ira vivre sa vie. Qui devra vivre sa vie. Ne pas être étouffé par ce sentiment tellement aliénant d’appartenir à ses parents.

 On m’a dit un jour qu’on peut partir loin le coeur léger quand on a été bien aimé. Quand ce n’est pas le cas, on ne peut pas quitter ceux dont on recherche sans cesse ce qu’ils ne veulent nous donner. Ce qu’ils retiennent pour mieux nous garder.

J’y pense souvent, car c’est ma façon concevoir et de vivre ma vie familiale. Aimer fort mais de loin, avec confiance. J’aimerais que les enfants qui passent dans cette maison, qui feront partie de ma vie jusqu’à la fin, aient ce sentiment de sécurité et de plénitude. Celui d’être libre mais d’être aimé. Ce sentiment puissant. Qui donne des ailes et nous permet d’aller loin. Que l’on peut perdre à nouveau dans le couple, tant ce lien amoureux fragile et ténu met à l’épreuve nos certitudes et se joue de la confiance comme le soleil sur l’eau. On ne peut en voir que les reflets, mais elle est là, diffuse, dans quelques attentions, des regards. Elle disparaît et revient.

La vie avance et rien ne peut l’arrêter. Il faut juste accepter que personne ne nous appartient, pas même celui que nous mettons au monde.

Et alors ce mot revêt tout son sens, toute son importance. Pour ne pas laisser le temps, trop vite filer, comme la lumière sur les vagues.

Patience.

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1 Comment
  • Camille
    février 13, 2017

    Quel joli texte, et quelle belle façon d’envisager la vie de famille, et le rapport à des enfants pour qui il est toujours difficile de grandir sans culpabiliser, sans perdre la face. Ton article m’a fait réfléchir autrement, ton témoignage est intéressant..
    Et j’admire ta façon de voir les choses, avec le recul nécessaire..
    Bonne continuation :)

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