Putain

Par lundi, septembre 15, 2014 14 , Permalink 0

21b238cc838058e0589f40fda04784baJ’en ai dit des putains. Je crois même que c’est mon gros mot préféré. Je l’aime car il est un peu désuet, résidu d’une époque où l’on appelait encore le plus vieux métier du monde par ce sobriquet. Aujourd’hui, moi qui déteste tant qu’on défende cette activité sous couvert de liberté (ce qui m’a valu de nombreux débat houleux, moi la féministe pénible qui ne supporte pas qu’on paie pour ce qui me semble invendable), j’emploie quand même ce gros mot à toutes les sauces sans vraiment faire référence à son origine.

Je ne l’ai d’ailleurs jamais employé au sens premier. Je lui préfère le mot prostituée qui me semble certes moins distingué, plus commun mais du coup plus proche de la réalité, celle où les concernées se prostituent tout simplement, sans glamour, sans strass, sans bas résille, loin du symbole que l’on a essayé de nous faire ingurgiter : la maman et la putain.

Je l’aime car il exprime une bourde, une galère aussi bien que la joie et la surprise.

« Putain, je l’ai! » furent mes premiers mots de bachelière. Comme le « putain » qui vient ponctuer une victoire arrachée, un match serré, un moment furtif de bonheur dont on ne revient pas. Les putains furent nombreux dans ma tête le jour où j’ai fixé ce petit bâtonnet aux deux barres roses, la culottes aux chevilles et les fesses bien posées sur le trône, étourdie de surprise d’une chose pourtant tant attendue. Le putain n’est pas à une ou deux contradictions près. Il est un mélange de sifflet de respect et d’étonnement marqué. Il dit tout et son contraire.

Il a aussi accompagné mes plus grandes peines. Répété en boucle comme une litanie, ma prière athée quand j’attendais dans les couloirs de l’hôpital. Il est aussi bien présent, quand ma langue est brûlée par le thé ou quand la sauce rouge choisit le blanc de mon chemiser pour venir se loger. Il siffle entre mes dents quand on me confie une tâche ingrate, quand je perds mes clés ou lorsque je vois s’éloigner le métro, depuis le quai.

Il me plait aussi ce mot qui, en franchissant nos lèvres, nous laisse encore une chance. Deux lettres, une syllabe pour se rattraper. Pour rajouter un « rée » ou un « naise » et échapper ainsi à une vulgarité commune et attendue.

Ce putain qui ponctue mon quotidien, bien ancré dans mon langage châtié, je le savais, un jour me reviendrais. Ça s’appelle un boomerang ou l’éducation voyez-vous. C’est la bouche en cœur, la mine concentrée à la tâche compliquée d’ouvrir un tube de granules que tu l’as prononcé, tout doucement comme une évidence : « puté »! Avec un « ain » qui parle du nez. Je t’ai alors demandé, pour être sûre, car avec toi il suffit d’interdire pour obtenir : « tu ne dis pas ce mot, d’accord? » Et cette fois, il est sorti, parfait, bien articulé, au milieu de ton sourire en dents de laits, si fier de ton audace et de faire marcher ta mère : « putain! »

J’ai ri. Voilà. Putain, je suis foutue.

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14 Comments
  • Crevette d'ODouce
    septembre 15, 2014

    Tu as l’art de tourner une situation commune en un assemblage de mots joliment liés… Ce juron a été banni de notre vocabulaire depuis 5 ans. Mais… mais il essaie de revenir régulièrement, et voilà donc Grande Crevette qui jure en « purée » !

    • My Chuchotis
      septembre 22, 2014

      Si c’est purée, ça va! Je vais essayer de lui faire dire ça plutôt! 😉

  • Gasp
    septembre 15, 2014

    Putain, et il même pas encore à l’école 🙂 Mouhaha
    Très joli billet en tout cas

    • My Chuchotis
      septembre 22, 2014

      Et trop petit pour qu’on lui parle du « copain pelain »!

  • charlotte
    septembre 15, 2014

    Génial !!!! 1

    • My Chuchotis
      septembre 22, 2014

      Tu trouves?! 😉

  • Sheily
    septembre 15, 2014

    C’est si bien amené que l’on ne peut que sourire !

    • My Chuchotis
      septembre 22, 2014

      contente de t’avoir fait sourire 😉

  • eloracorel
    septembre 16, 2014

    J’a-do-re !
    Je me suis tellement reconnue dans ce billet !!
    Quant à moi, mon boomerang m’est revenu en pleine tête, cet été, lorsque mon adorable fillette de 3 ans a utilisé ce juron (fort à propos d’ailleurs) et que son, non moins adorable petite soeur de 2 ans, l’a repris en choeur !

    • My Chuchotis
      septembre 22, 2014

      ah oui entre frères et soeurs j’imagine l’escalade! 🙂

  • marion
    septembre 25, 2014

    ton article fait étrangement écho à celui que j’ai publié ce matin suite à ce-mot-dont-on-ne-dit-pas-le-nom prononcé à 5 reprises par mon bb de 1 an 1/2 . Moi j’ai rien pu dire : ça m’a scotché !

    • My Chuchotis
      octobre 1, 2014

      Oui je comprends, ça surprend!!

  • Caroline
    octobre 2, 2014

    Ca finit par passer… Ils sont très doués pour le contextualiser : sa tétine qui tombe, une chaussure difficile à mettre… Il faut dire aussi que c’est un peu « MON » mot ! A deux ans, de temps en temps, pour me faire fuir les magasins, il hurle dans les magasins en boucle ce fameux mot ponctué par « de merde ». Et ça marche !

    • My Chuchotis
      octobre 3, 2014

      Oh le petit malin!! 😉

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