Reprendre sa respiration pour souffler sur les nuages

Par jeudi, novembre 19, 2015 14 No tags Permalink 1

J’ai éteint le téléphone et j’ai essayé de ne penser qu’à mes proches, ceux que j’avais la chance d’avoir tout le weekend a mes côtés, ou simplement en vie, en sécurité, plus loin. Épargnés.

Egoïsme de l’instant. Prôné par certains, revendiqué comme une arme : l’amour contre la haine.

Puis la semaine a recommencé. Je savais exactement ce qui allait se passer, tout avait un goût amer de déjà-vu.

L’actualité s’est engouffrée de tous les côtés. J’ai vu des images de ces lieux qui avaient été associés à tant de moments de fête. J’ai perdu quelqu’un trois jours après, mais d’une autre façon. J’ai repensé à ceux que j’aimais et qui n’étaient plus là. Au sentiment de ces 130 familles, qui ressentaient ça, en même temps. J’ai fait corps avec eux, sans avoir besoin de le dire, ma peine les accompagnait en silence. Je savais que l’écrit viendrait comme un besoin, plus tard, maintenant donc, mais qu’ils ne me liraient pas.

Malgré tous les messages, tous les rassemblements, tous les mots de réconfort, nous sommes toujours incroyablement seuls face à notre peine.

Puis j’ai lu et entendu qu’il était interdit d’avoir peur. Qu’être triste c’était les laisser gagner. Des gens que je ne connais pas ont poussé la porte de chez moi, à coup de beaux dessins et de petits slogans pour me dire de vivre normalement. C’était joli et émouvant. Ça aurait pu être réconfortant. Si ce n’était pas un peu culpabilisant.

La peur et la tristesse sont des sentiments qui ne se contrôlent pas. On ordonne aux gens malheureux de profiter de la vie, de sourire alors qu’ils ont envie de pleurer. Petits dictateurs des sentiments.

J’ai peur.

J’ai peur de perdre les gens que j’aime. J’ai peur de ce monde qui devient fou. J’ai peur que personne ne comprenne qu’il faut s’aimer vraiment vivant avant d’être mort.

Ce sentiment ne me quittera pas. Je le porterai en moi toute ma vie, il m’accompagne déjà depuis de nombreuses années. Il est parfois ravivé dans ces moments terribles. Je pourrais dire qu’il ne change rien à mon quotidien, mais est ce vrai ? Serais-je la même sans lui ? Je ne sais pas.

Il ne m’empêche pas de vivre, d’aimer ou de danser. Au contraire il rend tout ça plus fort. Plus beau.

Plus précieux.

La vie est là, partout et je le sais à chaque seconde. J’ai cette chance.

Mais quand même. Je me dis que tout serait mieux s’il n’était pas la, ce sentiment à la noix.

Pourquoi prétendre que nous sommes forts, heureux et combatifs ? Sommes-nous à ce point sur écoute que nous devons mentir à nous-mêmes ?

Face à tous ceux qui clament le bonheur de vivre comme une arme, une part de moi sent et sait qu’ils ont raison. C’est ma façon de penser habituellement, célébrer les petits bonheurs du quotidien coûte que coûte. Mais c’est trop tôt pour moi.

Et j’aimerais que lorsque la haine et l’horreur frappent, on accepte d’en être incroyablement remué. Sans se galvaniser, sans édulcorer, sans célébrer la vie tout de suite.

Quand on se relève trop vite on a la tête qui tourne.

J’aimerais vous donner le conseil inverse de celui qu’on entend en ce moment, s’il fait écho pour vous, et tant pis si je me trompe : prenez votre temps.

Si c’est ce que vous ressentez, vivez cette tristesse aussi fort que vous le pouvez. Il faut en passer par là avant de se relever. Inutile de rajouter de la culpabilité au chagrin. De porter un faux bouclier trop lourd qui ne vous protégera de rien. Acceptez que le ciel soit plus gris quelques temps, sans perdre de vue le bleu qui reviendra, forcément. Pas parce que c’est écrit. Mais parce que vous aurez suffisamment repris votre respiration pour souffler très fort sur tous les nuages.

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14 Comments
  • Lorelei
    novembre 19, 2015

    je suis tout à fait d’accord avec ça, il faut parfois plus de temps à certains qu’à d’autres et c’est bien comme ça, chacun se relève d’une façon différente, avec plus ou moins de difficulté et de peur…
    et bien sûr c’est normal d’avoir peur, c’est humain d’avoir peur
    puisqu’on aime la vie on a peur de la perdre
    eux n’ont pas peur, mais ils ne sont pas humains

    je t’embrasse <3

    • My Chuchotis
      novembre 19, 2015

      Merci pour ce message :) c’est vrai le temps est différent pour chacun, le vécu, le caractère font que le chemin pour se relever sera différent, plus ou moins long, plus ou moins facile.
      Mais le temps a toujours permis de panser les plaies.
      Je t’embrasse <3

  • Lexie
    novembre 19, 2015

    C’est parfait écrit et parfaitement juste. On culpabilise au nom d’une pensée commune alors que chacun est libre de ressentir ce qu’il veut, d’avoir de l’empathie pour des gens qu’il n’aura pas connu. Je me suis sentie emplie d’une vague de tristesse et d’un désarroi très forts, alors même que je ne connaissais directement aucune des personnes décédées. Je me suis attachée à des visages, à des histoires. Et puis pour la première fois, j’ai eu peur. Et malgré mon habituelle insouciance, je sais que cette peur ne me quittera pas de sitôt…

    • My Chuchotis
      novembre 20, 2015

      Je ressens la même chose. Difficile de lutter contre ces sentiments négatifs, aussi difficile qu’il est de les assumer.

  • Eva Parutchero
    novembre 20, 2015

    Merci.
    Merci d’avoir trouvé les mots, merci d’avoir attrapé au vol ceux que j’ai perdus depuis une semaine.
    J’ai peur. Tout le temps. Et on me prend pour une dingue. Je n’ai limite pas le droit…. La peur est elle un droit???
    Merci beaucoup pour cette résonance.
    Bon courage <3

    • My Chuchotis
      novembre 20, 2015

      Merci pour ton mot… C’est très juste ce que tu dis. J’ai l’impression que oui, aujourd’hui la peur est un droit ou non. Qu’il est délicat de l’accepter tant se serait abdiquer… C’est oublier qu’elle ne se contrôle pas.
      Bon courage à toi aussi <3

  • monpetitpoisdesenteur
    novembre 20, 2015

    Bravo! C’est dit tout en simplicité et en justesse. Je partage tellement ton sentiment…

    • My Chuchotis
      novembre 26, 2015

      Merci ça me touche de savoir que cette sensation est partagée… J’espère qu’elle ne durera pas trop longtemps.

  • Cecile
    novembre 20, 2015

    Merci pour ce si joli billet.
    j’ai passél la semaine à jouer à aller bien, pour les enfants, pour ne pas sombrer, pour essayer d’avoir moins mal au bide.
    Et avec un peu de culpabilité en entendant tous ces messages d’injonction à faire la fête. c’est trop tôt pour moi encore.
    Je continuerai à poser mes états d’âme sur le blog, parce qu’un jour quand le ciel sera bleu de nouveau, ce sera bien de regarder le chemin parcouru.

    • My Chuchotis
      novembre 26, 2015

      Je suis tout à fait d’accord avec toi. Les mots posés permettent de revenir, de les relire et de se rendre compte comme tu le dis si bien, du chemin parcouru.

  • Je suis Paris
    novembre 21, 2015

    Merci pour ce billet si juste qui résonne en moi, qui me raisonne aussi.
    Pour vivre à Paris, pour travailler ds le 10è, je passe par différentes phases.
    Le sentiment de baigner dedans….
    Merci de lever de la culpabilité, de laisser de la place à nos émotions….
    Il faut que les différentes phases se fassent, et se laisser le tps de remonter à notre rythme.

    • My Chuchotis
      novembre 26, 2015

      C’est ça, chacun son rythme, ses émotions plus ou moins faciles à gérer. La vie continue, on le sait, le choix n’est pas là malheureusement. Pour toi si proche de ce quartier j’imagine que beaucoup de sentiments se mélangent… Bon courage

  • florence monneron
    novembre 21, 2015

    c’est beau, bien écrit.
    tu dis si bien mon ressenti, j’aurais aimé l’écrire.mes sentiments sont tellements confus…. bravo et bizzzz

    • My Chuchotis
      novembre 26, 2015

      Merci.. si j’ai pu t’apporter un peu de mots sur toutes cette confusion, j’en suis contente. Bises

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