Solo

Par dimanche, avril 2, 2017 2 No tags Permalink 0

IMG_4113

« Solo dans ma peau, sur la plage. Je me la joue mélo. (…) Seule dans ma tête, c’est dommage. A deux c’est tellement chouette. De fumer des cigarettes sur la plage. »*

J’ai regardé la fumée sortir de sa bouche, délicate. J’aurais pu m’y perdre un instant. J’ai une passion pour les gens beaux qui fument, j’ai toujours trouvé ça élégant. Il y a une forme de désinvolture face à cette vie, attirante. Un peu comme ces filles qui laissent un ourlet rouge profond sur chacun de leurs verres. J’ai 30 ans. Il y a des sensations que j’ai depuis longtemps oubliées, comme celle du premier baiser. Il y a des sensations que j’ai peur de ne jamais connaître, comme celle d’embrasser une jolie bouche rouge.

J’ai regardé ses yeux, j’aurais aimé qu’ils me voient, vraiment.

La crise de la trentaine est silencieuse, elle m’a prise par surprise, à pas feutrés. Cette mélancolie douce sans laquelle je ne suis jamais vraiment moi. Je me revois, sur mon canapé il y a un an, dire à des amis un peu surpris que je ne voyais plus l’intérêt de prendre la peine de choisir mes vêtements, que ça n’avait pas vraiment de sens de mettre du noir sur mes yeux. Tous ces trucs qui me ralentissaient, me coupaient de l’instant et me paraissaient tellement… inutiles. Je crois surtout que j’avais besoin de me couper des autres. J’avais envie que plus aucun regard ne se pose sur moi. Que l’on m’oublie.

J’ai parfois envie d’allumer une cigarette. Celle qui me rappellerait mon insouciance. Le toit de la maison de mon enfance où l’on montait s’asseoir pour regarder les étoiles. Celle où mon père était vivant. Où je n’avais pas encore de descendant. Où j’étais l’enfant de quelqu’un sans devoir guider le chemin du mien.

Cette crise de la trentaine m’a appris que cette vie se joue solo.

J’ai mis au monde un bébé, qui a laissé place à un petit garçon, qui sera un jour un homme. Ce bébé que j’ai aimé m’a échappé à l’instant, justement, où je l’ai mis au monde. Ce petit garçon dont je suis folle va bientôt perdre ses joues et sa naïveté. Il va faire sa vie comme j’ai fait la mienne. Sa présence ne m’appartient pas. La seule personne qui sera avec moi pour regarder le bleu de la mer, jusqu’à la fin, c’est sans doute moi.

J’ai son papa. Je l’ai avec moi. Je sais que lui il me regarde, vraiment. Mais la vie m’a pris tant de personnes. Sera-t-il toujours là ? Il y a bien un jour où l’on arrêtera de faire des enfants, où l’on arrêtera de se regarder en se rappelant notre premier baiser. Où la vie nous prendra l’un à l’autre. Où j’aurais sans doute laissé s’échapper nos plus belles années.

Mon alliance a perdu un petit diamant la semaine dernière. Ca m’a fait l’effet d’une vague triste. On avait pourtant dit que tu durerais toujours.

« Où es-tu mon alter, où es-tu mon mégot, pour moi t ‘étais ma mère, mon père, mon rodéo. Reviens-moi mon alter, reviens moi mon héros, je veux retrouver ma terre, ma bière et mon tricot. »*

* Paroles : L’amour en solitaire – Juliette Armanet

Crédit photo My Chuchotis

Rendez-vous sur Hellocoton !
2 Comments
  • Crevette d'ODouce
    avril 2, 2017

    C’est effectivement très attirant les gens beaux qui fument… mais comment expliquer cela ? Je ressens cette même passion.
    Je ne croyais pas à cette crise de la trentaine (est-elle équivalente à celle de la quarantaine ?)
    A bientôt 34 ans, elle reste toujours en veille, prête à se manifester au moindre détail qui viendra me troubler.
    Je reste toujours en admiration devant tes textes si criant de vérité où beaucoup de personnes doivent se retrouver.

  • Lexie
    avril 2, 2017

    C’est est à la fois difficile de se rappeler que l’on est avant tout, seul, et difficile d’avancer au quotidien en ayant plusieurs vies à guider au creux de notre main … Beau texte S.

Répondre à Crevette d'ODouce Annuler la réponse.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *