Le corps des femmes

Par dimanche, août 8, 2021 0 No tags Permalink 1

Pour ma première fausse couche j’ai beaucoup pleuré, et je suis restée au lit une semaine sans sortir. J’étais tombée enceinte immédiatement, si facilement, j’ai alors pensé que la vie me voulait du mal et que c’était injuste. 

Après ma deuxième fausse couche, quelques mois après la première qui m’ont paru des années, j’ai été triste moins longtemps et si peu. Il n’y avait pas de raison de l’être, à nouveau pas de battement de cœur, seulement quelques cellules qui finalement ne s’étaient pas développées. Cette fois-ci je me suis étonnée de me sentir si vite mieux, mais  finalement s’appesantir sur la noirceur des choses, c’est rajouter de la tristesse à la tristesse. C’était une fécondation qui avait échoué précocement, rien de plus. Et puis surtout à ce moment-là… je savais. C’était une intuition profonde et tranquille.

Je savais qu’elle arriverait, que cela finirait par être son moment. Comme c’était mon deuxième enfant, je savais aussi qu’au moment de la découvrir pour la première fois, j’aurais l’impression de l’avoir toujours connue, toujours eue dans mes bras et qu’alors aucun autre essai manqué ne viendrait ternir cette rencontre, qu’elle prendrait toute la place. Et elle a pris toute la place.

 C’est vertigineux de se dire que ça aurait pu ne pas être elle. 

Que tout cela tient finalement à tellement peu de choses, à des rencontres ratées, petite poche à l’intérieur de laquelle rien ne se développe, et quelle chance finalement, ces deux essais qui n’ont pas pris, puisque le prochain c’était toi, celle que nous attendions, celle que nous aimons, irremplaçable aujourd’hui.

Après cette deuxième fausse couche, j’ai repris tout de suite le travail et ma vie, et moins de deux mois après, elle s’est installée durablement dans mon ventre.

Quand je la regarde aujourd’hui, je me dis à moi-même « tu vois je te l’avais dit, c’était elle.»

Ma toute petite.

 Alors je te parlerai de ces choses-là, je te dirai qu’il n’y a pas de secrets à poser sur notre corps, car le silence rend seule. Moi j’ai parlé et j’ai été entourée d’amis et famille, si précieux.

Et je ne me lasserai jamais de te dire à quel point le corps des femmes est puissant, à quel point le cœur des femmes est grand. 

Rendez-vous sur Hellocoton !

Sur la route des vacances

Par dimanche, août 8, 2021 1 No tags Permalink 2

6h45 – A630 direction l’océan. 

L’aire d’autoroute est pleine à craquer, à peine une place pour se garer. Ça râle, ça s’exaspère, mais pas longtemps, c’est vrai qu’on part en vacances finalement. Les yeux sont petits, plissés, les réveils ont été avancés de quelques heures pour échapper aux embouteillages d’un samedi de juillet.

Il y a Brigitte qui a du mal à émerger, adossée à sa voiture avec son gobelet en carton dans la main, les yeux gonflés comme ses cheveux, elle a fait une permanente avant de partir pour être tranquille tout l’été. Elle regarde droit devant elle, on pourrait penser que c’est pour admirer le lever du jour, mais c’est juste qu’elle fait la gueule à Bernard. Oh, ça va passer, ils se sont juste couchés un peu trop tard pour boucler les dernières valises, alors tout est motif à se chipoter. 

Survets, baskets et maillots floqués il y a Kevin, Jordan, Antoine et Wassim qui tètent leurs cafés comme des biberons, leurs mères les ont laissé s’envoler pour leurs premières vacances avec l’impression que c’était hier justement, les biberons. Ils ont eu peur que ça leur passe sous le nez, avec le covid ils ont déjà bien morflé toute l’année, aucune soirée étudiante et tellement peu d’amourettes, alors là ils sont remontés à bloc. A quatre dans la Clio c’était un peu chaud, mais au final un short de bain et un tee-shirt qui fait bien pour sortir, ils n’ont besoin de rien de plus.

Carole et Pierre se sont arrêtés pour faire boire le chien, ils ont les cheveux grisonnants et sont flanqués de leur adolescent qui parle sans s’arrêter, Pierre pose un regard attendri sur lui, leur petit dernier… et sans doute la dernière fois qu’il passera l’été avec eux.

Anna-Lou a oublié qu’elle portait toujours son bas de pyjama rose avec des licornes, ses parents l’ont posée endormie dans la voiture à 4h du matin, elle marche tout doucement, un café brûlant dans chaque main, « c’est moi qui les porte ! », en suivant de près sa maman.

Annie et Jérome sont les mieux lotis, ils savourent leur café dans leur Thermos, à l’arrière de la caravane, alors sur cette aire qui grouille de monde, c’est grand luxe.

Clope au bec, Rayane est tout sourire, son bébé dans les bras qui tourne la tête pour échapper à la fumée, pour lui les vacances ont commencé dès le départ de la maison, et ce petit café de la machine a un goût d’été qui arrive enfin, après une année de taf acharné au magasin.

Et puis il y a M. et S., ils ont fait une pause en plein milieu du podcast France Inter sur Riad Sattouf, elle a demandé un café au lait, pas une noisette hein ! Avec beaucoup de café et beaucoup de lait. La petite montre tous les chiens de l’aire en criant « chat » et le grand ne décroche pas de l’Equipe sauf pour demander à intervalles réguliers « et maintenant je peux l’avoir l’IPad ?! ». Alors eux, ils se sont transformés en darons y’a pas longtemps, ils savent pas vraiment quand. En fait, il y a eu un lent glissement, puis un jour ils ont acheté un coffre de toit et voilà. C’est bien pratique pour aller voir l’Atlantique. Et emporter leur paddle.

Les gobelets sont jetés, les mégots écrasés, les portières claquent. Bon allez on traîne pas, c’est pas tout ça, mais tout le monde a encore de la route.

Rendez-vous sur Hellocoton !

20 ans

Par jeudi, avril 22, 2021 2 No tags Permalink 1

20 ans.
20 ans que c’était hier, ce téléphone qui sonne en pleine nuit, mettant fin à quelques jours de coma, et moi qui sait immédiatement, à presque 15 ans, qu’un téléphone qui sonne en pleine nuit ce n’est pas pour nous dire que tu t’es réveillée. La terreur, le froid, la douleur. La bascule dans une autre vie, sans transition. Cette vie sans toi, une vie dont je ne veux pas, que je ne connais pas et qui sera pourtant pour toujours la mienne.
20 ans que j’ai perdu ma grande soeur, que je n’ai toujours pas compris l’expression faire son deuil, puisqu’elle semble dire qu’il y aurait quelque chose à faire, à atteindre, à finaliser, mais quoi ? Moi je n’ai rien fait du tout, je suis restée bloquée en 2001, je suis toujours triste, je suis toujours privée de soeur, il n’existe même pas de mot en français pour ça, alors je le dis comme je peux parfois « j’ai perdu une soeur » et il faut raconter alors, mettre des mots bien pauvres sur des maux indicibles, que rien ne peut décrire précisément.
Entrer dans l’adolescence avec cette forme de violence inouïe, cette sororité arrachée, ce quotidien amputé, ça forge définitivement un caractère, de ceux où rien n’est grave mais, et c’est là l’ambivalence, où tout pourrait le devenir très vite. Je suis donc de celles qui se fichent royalement des broutilles de la vie, mais qui flippent chaque seconde de perdre l’essentiel.
Je pourrais en écrire des pages et des pages sur ta lumière, sur ta magie, sur notre enfance avec nos jupes de la même couleur qui tournent, nos pièces de théâtre improvisées où l’on forçait les adultes à venir nous voir jouer, nos nuits ados, où en passant par le velux de la chambre, assises sur le toit de la maison, nous partagions la même cigarette en regardant les étoiles.
20 ans que je rentre parfois dans un magasin juste pour aller sentir ton parfum, 20 ans que j’espère qu’ils n’arrêteront jamais de le fabriquer.
20 ans que je me demande ce que tu aurais pensé de telle ou telle chose, et plus le temps passe et moins c’est simple de le deviner.

20 ans. Et c’était hier.

Rendez-vous sur Hellocoton !

Epilogue et fin

Par mardi, mars 19, 2019 8 No tags Permalink 2

Epiloque

Hiver 2016 – février

Avant de rejoindre le salon, Anastasia me chuchote :

« et avec Adam, alors ça se passe comment ? »

Je hausse les épaules, un sourire en coin. Je pense déjà à demain.  « Oh tu sais, ça va. Comme d’habitude quoi ». Je souris franchement. Dire qu’il y a peu j’en aurais pleuré.

Continue Reading…
Rendez-vous sur Hellocoton !

Episode 8 – Chapitre 39 à 53

Par mardi, mars 19, 2019 0 No tags Permalink 0


Chapitre 39

Lorsque je dépose Lucas aujourd’hui, Adam l’envoie dans sa chambre et referme à moitié la porte pour qu’il ne nous entende pas sur le palier. Il a roulé un bout de papier dans sa paume de main, et lorsqu’il le défroisse mon coeur cesse de battre un instant. Il s’agit de la minuscule photo de Rafael et moi.  Quelqu’un a dû la lui donner, Adam n’a jamais aimé la presse à scandales. Est-ce Garance ? Même froissé, sur le papier, on me voit toujours sourire pendant que Rafael m’embrasse sur la tempe, on peut même penser que je suis en train de rire.

Continue Reading…
Rendez-vous sur Hellocoton !

Café coquelicot – épisode 7 – chapitres 30 à 38

Par mardi, mars 19, 2019 0 No tags Permalink 0

Chapitre 30

Mes grands-parents ont longtemps vécu dans cette maison. Puis, l’âge avançant ils ont dû la quitter à regret. Loin de tout, ce bout du monde n’est pas tendre avec les personnes âgées. Ils se sont rapatriés dans un appartement sans escalier du 8ème arrondissement et ne revenaient aux Goudes que le week-end. Pour finalement cesser totalement d’y aller. Quelques années après ils ont intégré la maison de retraite de l’avenue du Prado, leurs économies leur permettant d’y séjourner sans vendre la maison. Je ne les avais pas pensé si riches, mais ils avaient épargné sous après sous, sans jamais dépenser. Ils avaient cédé la maison à ma mère de leur vivant, volontairement. C’était à une époque où ma mère commençait à se lasser de Paris, ils avaient espéré ainsi qu’elle reviendrait vivre aux Goudes, qu’elle maintiendrait intact le lien avec Marseille.

Continue Reading…
Rendez-vous sur Hellocoton !

Tant qu’on se débat – épisode 6 – Chapitres 25 à 29

Par samedi, février 23, 2019 0 No tags Permalink 0

Chapitre 25

Je déteste les vélos. Voilà ce que je me dis, sur mon Vélib trop lourd, pédalant péniblement derrière Sophie qui zigzague entre les voitures en plein Paris. Je l’aime bien Sophie, c’est une des rares de la bande que je vois toujours autant, ces derniers mois sans Adam. Peut-être parce qu’elle se fiche des connexions entre les gens, elle ne parle jamais de la vie des autres. Non ce qui intéresse Sophie c’est la richesse intérieure. C’est une extraterrestre qui se nourrit de soja et de produits étranges, de préférence bios et sans gluten et qui pense résoudre la guerre dans le monde avec une séance de méditation.  Elle double un bus par la droite, monte sur un trottoir et stoppe sa course folle en même temps que mon angoisse, devant le 4 villa Rosa.

Continue Reading…





Rendez-vous sur Hellocoton !

Tant qu’on se débat – Episode 5 – chapitres 15 à 24

Par jeudi, février 21, 2019 1 No tags Permalink 0

Chapitre 15

Je tape le nom de Rafael dans google avec le nom de l’émission à laquelle il a participé et immédiatement des photos de lui défilent sous mes yeux. J’apprends peu de choses sur sa vie, il a effectivement 22 ans. Je le vois avec quelques compagnes et je reconnais une miss météo à son bras, ce qui me fait sourire.

Trop prévisible. Elle est depuis avec un footballeur lyonnais avec qui elle a eu des jumeaux. Je suis étonnée de ne trouver aucun twitter ou facebook officiel au nom de Rafael. Je ne pense pas que quelqu’un de son âge puisse réussir dans ce milieu sans se vendre sur Internet, sans garder un contact virtuel avec tous ses fans. Je découvre un Instagram, mais avec très peu de photos de lui, juste des paysages, des terrasses de café, des paires de baskets et des tableaux dans des musées. Il me surprend.

Continue Reading…





Rendez-vous sur Hellocoton !

Ep 4 – fiction – chapitres 10 à 14

Par dimanche, décembre 30, 2018 0 No tags Permalink 0

Rafael se tient dans le couloir.

Il y a des gens qui s’imposent. On ne se pose pas la question de leur compagnie, ils sont là. D’une manière tellement naturelle, désinvolte, qu’il est presque impossible de leur fermer la porte. Avant qu’il ne dise le moindre mot, je lui fais signe d’entrer.

Continue Reading…





Rendez-vous sur Hellocoton !

Fin de période

Par vendredi, décembre 21, 2018 0 No tags Permalink 0

Je ne sais pas ce que perçoivent les parents de nos journées avec leurs enfants. Ce monde qui derrière ces murs ne leur appartient plus. Pendant 8 heures ces enfants sont sous notre responsabilité. Mais il ne s’agit pas que de cela.

Ces enfants, on apprend à les connaître. On jongle entre les moments d’autorité et ceux où l’on baisse la garde pour sourire avec eux, pour rire.

Continue Reading…





Rendez-vous sur Hellocoton !